A Burkinabé youth Association fighting for women's rights and Africa's development through women's leadership
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Friday, October 2, 2020
Le féminisme africain et ses différents courants
Le féminisme africain est un ensemble de courants féministes définis par des femmes africaines, qui prend spécifiquement en compte la condition et les besoins des femmes africaines résidant sur le continent africain. Le féminisme africain comporte plusieurs courants qui lui sont propres, comme le maternalisme, le femmisme (femalism), le féminisme de l'escargot ou encore le stiwanisme1. Parce que l'Afrique n'est pas un ensemble homogène, ces féminismes n'ont pas la prétention de refléter les expériences de toutes les femmes africaines, et chaque courant concerne un ensemble propre de ces femmes. Le féminisme africain est parfois aligné, parfois en dialogue, parfois en conflit avec d'autres courants comme le black feminism ou l'afroféminisme.
Certaines personnes justifient la nécessité du féminisme africain en raison de l'exclusion des expériences des femmes noires et des femmes du continent africain dans les mouvements féministes blancs occidentaux. Les féministes occidentales ne prennent pas en compte les problèmes particuliers des femmes noires, à l'intersection de leurs conditions de femmes et de Noires : elles classent souvent les femmes africaines dans une catégorie "femmes de couleur", ce qui regroupe et donc réprime la trajectoire et l'expérience personnelle des femmes africaines. Hazel Carby note, dans White Women Listen! Black Feminism and the Boundaries of Sisterhood, pourquoi le féminisme blanc est considéré comme une expérience normative des femmes. Elle écrit : "L'histoire a qualifié notre sexualité et notre féminité comme des qualités différentes de celles des femmes blanches, qui sont la fierté du monde occidental"2. Elle ajoute que le féminisme blanc ne peut pas continuer à effacer un continent entier et ses habitantes du féminisme dans son ensemble.
Le féminisme africain n'est pas seulement créé en réaction à l'exclusion du féminisme blanc, mais aussi en raison d'un désir de créer un féminisme qui comprend vraiment le contexte personnel et les expériences des femmes sur le continent africain. Les besoins des femmes, leur réalité, leur oppression et leur gain d'indépendance sont inclusifs et comprennent des questions générales et mondiales, ainsi que des questions locales. Naomi Nkaleah écrit que les féminismes africains "cherchent à créer une femme africaine nouvelle, progressiste, productive et indépendante, au sein des cultures hétérogènes de l'Afrique. Les féminismes en Afrique cherchent à modifier les cultures et leur impact sur les femmes dans plusieurs sociétés."
En parallèle, on note que des critiques ont relevé cette conception de l'Afrique comme entité unique. Les différences sont régionales, ethniques, politiques et religieuses, ce qui change complètement la vision du féminisme et de la liberté pour les femmes dans plusieurs pays africains. Par exemple, des femmes en Égypte, au Kenya, en Afrique du Sud et au Sénégal auront des points communs, certes, mais aussi un point de vue différent sur les conflits de genre. Elles ne peuvent pas se regrouper dans une idéologie de sororité africaine, mais il faut prendre en compte leurs différences.
Femmisme (Femalism)
Catherine Acholonu note que le féminisme est utile. "Le féminisme a pour objectif l'émancipation triomphale de la femme, un individu unique sans influences patriarcales et sans soumission abusive à la tradition." Cependant, même si les notions générales du féminisme accordent des libertés politiques, sociales et économiques aux femmes, le féminisme est souvent accusé de nier et d'ignorer les expériences des femmes issues de minorités ethniques, et surtout noires. En raison de cette exclusion, le femmisme a émergé au sein de communautés africaines et afro-américaines9. Le femmisme africain s'appuie sur une perspective africaine, une géopolitique afro-centrée, et une idéologie africaine. Il ajoute aux questions féministes classiques la culture, le colonialisme et les autres formes de domination qui affectent les femmes africaines10.
Stiwanisme
Fondé par Omolara Ogundipe-Leslie, le Stiwanisme se concentre d'abord sur les structures qui oppriment les femmes et sur la façon dont les femmes réagissent à ces structures institutionnelles11. Ogundipe-Leslie affirme que le combat des femmes africaines est un résultat des structures coloniales et néocoloniales qui mettent souvent les hommes africains tout en haut de la hiérarchie sociale. Il est également une conséquence de la façon dont les femmes africaines ont internalisé la patriarchie, et ont commencé à soutenir elles-mêmes ce système.
Négo-Féminisme
La féministe, autrice, et chercheuse Obioma Nnaemeka définit le terme de Négo-féminisme dans son article Nego-Feminism: Theorizing, Practicing, and Pruning Africa's Way." Elle écrit : "Le négo-féminisme est le féminisme de la négociation, et un féminisme "no ego", structuré par les impératifs culturels, et modulés par les exigences locales et globales"12. La plupart des cultures africaines cherchent la négociation et le compromis : dans le négo-féminisme, les négociations jouent un rôle essentiel. Pour le féminisme africain, il faut que les féministes négocient, et fassent parfois des compromis, afin de gagner leur liberté. Nnaemeka écrit que le féminisme africain fonctionne si on sait "quand, où, et comment faire détoner ou contourner les terrains minés patriarcaux".
Maternisme
Dans son livre Motherism: The Afrocentric Alternative to Feminism, Catherine Obianuju Acholonu écrit que le féminisme occidental a pour équivalent africain le Maternisme, et que le maternisme est composé de la maternité et de la nature nourricière. Le maternisme (motherism) est une théorie multi-dimensionnelle qui inclut les structures humaines et naturelles. Un materniste est quelqu'un qui s'engage pour la survie et la maintenance de la Terre-Mère, et qui en comprend les combats humains. Acholonu soutient qu'un materniste peut être femme ou homme, et que le maternisme n'a pas de barrières de genre, parce que le maternisme s'appuie sur le partenariat, la coopération, la tolérance, l'amour, la compréhension et la patience. Le maternisme exige une complémentarité homme-femme qui assure la complétude de l'existence humaine dans un écosystème équilibré.
Féminisme de l’escargot
Le féminisme de l'escargot est une théorie proposée par Akachi Adimora-Ezeigbo. Elle encourage les femmes nigérianes à travailler aussi lentement qu'un escargot dans leurs interaction avec les hommes, étant donnée « la société très dure et patriarcale dans laquelle elles vivent ». Ezeigbo propose à la femme « d'apprendre des stratégies de survie qui lui permettront de surmonter les obstacles qu'on lui impose et de vivre une belle vie ».
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